Entre le pic du Pinet et le pic de Bourbou
Par cette magnifique journée, Christian et moi prenons la route d'Orlu, jusqu'au pont de Bisp (1100 m) pour une randonnée non balisée jusqu'au Pic d'Ouxis (2510 m).
Nous quittons rapidement la piste du départ pour nous engager sur un petit sentier qu'il ne faut pas rater. Mais Christian connaît les lieux; il est donc vigilant. De plus, aujourd'hui, ça va, l'intersection est matérialisée par un cairn. Visiblement, ce n'est pas toujours le cas!
Ca grimpe bien dès le départ dans la forêt, et je me régale déjà à l'idée de redescendre tout à l'heure. Le parcours est encombré de branches mortes, mais cela ne gêne pas notre progression outre mesure.
Quand nous sortons de la forêt, vers 1600 m, la Dent d'Orlu, qui nous guettait cachée derrière les arbres, crève le paysage.
La neige a fait son apparition. Nous progressons d'abord sans équipement, mais comme plus nous montons, plus le terrain est gelé, nous chaussons les crampons vers 1900 m.
Nous arrivons à la Jasse de Parau, où se niche une jolie cabane (2000 m), fermée.
Nous faisons une petite pause en-cas dans ce site majestueux... Au loin, le Tarbesou, complètement glacé, que Christian a parcouru hier en raquettes, non sans difficultés.
La Dent, quant à elle, nous montre sa face nue...
Le paysage est somptueux. Ici, il y a pas mal de neige, créant un paysage dunaire. Le Pic d'Ouxis est au fond, mais allez savoir pourquoi, la crête qui se trouve à l'Est nous attire. Après hésitation, nous décidons de changer notre itinéraire et de tenter cette crête qui, vue d'ici, nous semble bien facile et agréable... Nous repérons alors notre cheminement et nous engageons dans la pente, en visant notre sortie à droite du col.
Le flanc est verglacé à de nombreux endroits, mais les crampons accrochent. Pour le moment, tou va bien. La crête est même rapidement atteinte. Mais vu d'ici, la suite semble beaucoup moins facile. Après un nouveau point pour repérer le meilleur itinéraire, nous voilà repartis. Et c'est là que les choses se gâtent. La surface est recouverte de glace, c'est assez impressionnant, et après quelques mètres seulement, ce qui semblait être une pente douce se révèle une véritable patinoire inclinée. Je m'arrête. Pour moi, hors de question de continuer; les crampons rentrent difficilement dans la glace; le piolet encore moins...
C'est alors que Christian, qui se trouve à environ 2 mètres au-dessus de moi, se trouve en difficulté. Un de ses crampons n'accroche plus et il manque de glisser à plusieurs reprises, se raccrochant par trois fois aux petites marches qu'il a pris la précaution de creuser avec son piolet.
Il perd confiance dans son matériel et prend peur. Moi aussi, j'ai peur pour lui, mais je ne suis pas 100% à l'aise non plus, alors la concentration est à son maximum. Pas de panique, pas de stress; nous n'avons plus désormais qu'un objectif : regagner le col. Il n'est qu'à quelques mètres, mais nous allons mettre un temps fou à l'atteindre, tant il faut faire attention de ne pas glisser.
Quand nous y parvenons enfin, on souffle un grand coup.
Depuis le col, nous jetons un oeil sur cette crête menant au Pic du Pinet (2420 m) et dont le départ vient de nous procurer une belle frayeur. En voyant la suite, on se demande quelle idée nous avons eue de changer notre itinéraire...
Peut-être pour effacer cette image, nous décidons alors de nous diriger vers le Pic de Bourbou (2329 m) qui semble beaucoup plus accessible, nous jurant cette fois de nous arrêter net dès la moindre difficulté.
Plus nous avançons vers le Bourbou, plus la crête du Pinet, désormais derrière nous, nous parait difficile et pentue. Si nous avions pu franchir ce premier passage dans lequel nous nous sommes retrouvés en difficulté, et continuer, on n'aurait plus eu qu'à appeler l'hélico pour redescendre, je crois...
De ce côté, la neige est meilleure et lorsqu'il y a des parties gelées, nous pouvons facilement les éviter, quitte à passer dans les quelques sapins peuplant cette arête.
Les branches des arbres sont recouvertes d'énormes glaçons. Si c'est très beau, ça n'en reste pas moins impressionnant. En plus de 10 ans de randonnée, Christian n'a pas le souvenir d'avoir vu cela une seule fois... C'est comme si une pluie tombée s'était brutalement figée, emprisonnant les aiguilles des sapins...
Ces glaçons, on dirait des boules de Noël transparentes... C'est magnifique et en même temps, ça laisse... pensif! Quand on voit ce que la "météo" est capable de créer, avec une telle puissance, on se dit qu'on ne peut décidément pas faire grand chose contre les phénomènes climatiques (* voir explication en bas de page).
Le Pic de Bourbou est capricieux : on croit y être arrivés, et à chaque "promontoire" on se rend compte que le sommet se trouve encore un peu plus loin. Comme il est 13h, que nous avons trouvé un collet bien sympathique pour nous poser, et surtout que nous n'avons plus envie de céder aux caprices de ce sommet, on capitule avant la fin, sans regret... C'est presque comme si c'était fait! Et après toutes les émotions vécues, nous avons bien mérité notre repos-repas.
Nous jetons encore un regard sur le chemin parcouru, vers ce Pinet, et on se dit que, décidément, il était quand même bien raide... Pourquoi ne pas nous en être rendus compte plus tôt??? Pourtant, on n'en démord pas : cette arête doit être très agréable... dans d'autres conditions!
Nous avons trouvé un endroit remarquable pour manger : panorama époustouflant et pas un souffle de vent...
Si le Saint-Barth est - encore et toujours - présent dans le paysage, je découvre un panorama auquel je ne suis pas habituée. Ca change!
Mais le temps passe, il nous faut songer à redescendre... Nous décidons sagement de retourner au col avant de regagner la Jasse de Parau.
La descente se fera sans aucune difficulté.
Nous laissons la cabane sur le côté et filons vers la vallée.
Les crampons sont déchaussés peu avant la forêt, au bord d'un ruisseau. Christian me rappelle qu'il faut bien faire attention à l'orée de cette forêt : bifurquer à gauche et non pas continuer tout droit, au risque de se retrouver bloqués par une barre rocheuse, ce que l'on voit bien en outre sur la carte...
A partir de là, le sentier est vite retrouvé, et comme je l'avais pressenti, la descente est un régal... On se laisse même entraîner dans une belle cadence, menée par nos jambes qui ne semblent pas avoir épuisé toutes leurs forces, malgré les péripéties...
Le pont de Bisp, et la voiture sont vite atteints. Sur la route nous ramenant à Ax les Thermes, on se jure la prochaine fois de s'en tenir à l'objectif que nous nous étions fixés dès le départ...
Carte IGN 1/25000 n°2249OT Bourg-Madame - col de Puymorens - pic Carlit.
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Le pic de Han (2074 m).
Le lendemain, comme la météo est encore plus que clémente, Christian et moi décidons de remettre ça, pour une rando un peu plus tranquille au Mont-Fourcat (2001 m). Une "troisième" pour moi, mais une première pour Christian, après une tentative échouée en décembre dernier pour cause de conditions "polaires" (vent glacial, brume et neige fraîchement tombée). Avec Nicole et Fred, il avait été contraint de s'arrêter à la cabane pastorale.
Nous partons du parking situé au-dessus de Croquié, à 1200 m d'altitude. La pente est beaucoup plus douce que celle d'hier, pourtant, j'en bave plus! Je n'arrive pas à trouver mon souffle... Bon, ok, d'après Christian, nous n'allons pas doucement. Pas faux!
Une fois sortis de la forêt et que le paysage s'ouvre, nous ralentissons.
Au fur et à mesure de notre ascension, nous trouvons par-ci par-là quelques plaques de neige bien dure, mais tout de même très éparses. La cabane est rapidement atteinte; nous ne nous y attardons pas. Pour atteindre le Fourcat, il faut marcher sur un sol gelé la plupart du temps, mais nous parvenons tout de même au sommet sans équipement. Ca ne glisse pas trop, il faut juste déployer un peu plus d'énergie qu'à l'accoutumée pour faire les derniers 100 mètres de D+.
Je suis surprise, après 1h42 de marche, d'être déjà là-haut. Je ne l'ai même pas vu arriver, ce Fourcat! Il est 10h15, nous faisons une bonne petite pause : en-cas, photos... Le panorama est connu, mais on ne s'en lasse pas. Le pic de Han, vu de ce côté, me semble toujours assez impressionnant... et tentant. Si la crête y menant semble largement praticable, on ignore totalement comment sont les conditions sur le pic... Déjà qu'en été, il y a une partie pas facile-facile. Que faire?
Comme il est tôt, nous décidons de nous engager sur la crête, avec l'idée de faire demi-tour dès que ça deviendra plus délicat. Christian préfère "assurer" et chausse ses crampons pour descendre au col d'Aigue Torte (1760 m environ). J'en fais de même, bien que je n'en ressente pas la nécessité. En effet, il y a plus d'herbe que de neige! Je les retire d'ailleurs avant l'arrivée au col. Nul besoin de les remettre pour grimper au sommet de l'Estagnol (1934 m); j'avance néanmoins au gré des touffes d'herbe qui émergent. Christian, quant à lui, cherche plutôt la glace pour planter ses pointes...
S'ensuit alors une partie ludique sur le fil de l'arête. Ce n'est qu'à la sortie de celle-ci, sur un replat brillant comme un miroir, que je me verrai contrainte de remettre les crampons. La plaque fait à peine 2 mètres de long, mais elle a enfoui toute végétation et la pente à ma gauche m'invite à la plus grande prudence.
De toutes façons, l'équipement devient nécessaire pour atteindre le col du Han (1930 m).
Parvenus à ce col, nous apercevons le sentier d'été, qui file d'abord tout droit pour virer ensuite vers la droite. Jusque-là, pas de problème. Mais si la crête sud semble dénuée de neige et de glace, il en est tout autrement pour la traversée qui nous permettra d'y accéder...
Nous avançons prudemment sur la première partie du sentier, et au moment de poursuivre vers la droite, on s'aperçoit que la pente est bien verglacée et très peu engageante... Un rapide coup d'oeil à gauche, et nous jugeons que ça sera plus "facile" par-là.
Certes, au début, peut-être... Nous surplombons un petit vallon, mais rapidement, la montée va se corser. Ca glisse et nous devons redoubler de prudence, d'attention pour trouver le meilleur chemin.
Après un assez important déploiement d'énergie, nous atteignons la crête nord du Han, au niveau d'un petit col. On se croyait tout proches du sommet; en fait, nous en sommes encore assez loin.
La suite, et bien, elle est comme je l'aime. Une arête constituée de gros blocs. Le cheminement est rendu plus difficile par la neige et parfois la glace, mais il n'y a pas de véritable danger ici.
Un joli cairn-fenêtre crée un cadre naturel au massif du Valier.
Lorsque nous parvenons au sommet (2074 m), les 2 randonneurs aperçus alors que nous étions en pleine ascension, sont installés et mangent. Christian les connaît; il a déjà eu l'occasion de sortir avec eux. Il s'agit de Christian et Gisèle.
Nous regardons le chemin parcouru depuis le Fourcat (dominant à droite au second plan de la photo). A gauche, au milieu, le col du Han, puis au premier plan, le col où nous avons débouché après notre grimpette à flanc de montagne : c'est la partie ensoleillée qui se trouve juste à droite de l'ombre. Enfin, la crête sommitale jusqu'au point où la photo est prise... Bel itinéraire!
Le Galinat (2115 m), flanqué de son pylone, semble à portée de jambe. Mais ce n'est pas aujourd'hui que je grimperai sur ce pic que je n'ai jamais foulé.
Pour l'heure, et après un très agréable moment passé avec Christian et Gisèle, il nous faut songer au retour. Nos deux compagnons sont montés par Senconac (980 m); ils nous proposent de faire le chemin avec eux, et une fois arrives au parking, de nous ramener en voiture à Croquié. Nous hésitons, mais visiblement, Christian n'a pas trop envie de se reprendre l'enchaînement de D-/D+ obligatoire jusqu'au Mont Fourcat, auquel il faudra ajouter celui entre la crête sud du Han et son col (car impossible de descendre par où on est montés).
Pour le moment, nous commençons à descendre avec eux le flanc S-O, nous disant que nous aviserons lorsque nous aurons récupéré le sentier balisé col du Han-Senconac.
Finalement, pris dans notre élan, nous irons jusqu'au bout avec les sympathiques Christian et Gisèle.
La descente de ce côté est bien longue, mais très agréable. Nous regrettons un peu d'avoir "triché", mais cela m'a aussi permis de découvrir une portion que je ne connaissais pas.
Maintenant, il ne nous reste plus qu'à retourner chercher la voiture à Croquié...
Cartes 1/25 000 2148ET Ax-Les-Thermes (du Mont-Fourcat à Senconac) et 2147ET Foix-Tarascon (de Croquié au Pic de Han)
La Coume d'Or (2826m).
Comme le soleil nous gratifie toujours de sa présence, samedi, nous faisons une "grosse" sortie club. Objectif la Coume d'Or depuis le Col de Puymorens (1915 m). Cela fait plaisir de retrouver Christian et Nicole, Christian rencontré au Pic du Han, Yves, Jean-Christophe, Murielle, Franck, Françoise, Pascal, et de faire connaissance avec d'autres passionnés.
Partiquement dès le départ de la rando, nous chaussons les crampons.
C'est incroyable comme les conditions peuvent être différentes d'un massif à l'autre... Ici, guère de glace, ou très peu. La neige est parfaite pour évoluer avec les crampons.
Chacun progresse à son rythme dans la bonne humeur et la convivialité...
Après la Coume d'en Garcia, puis la Porteille de la Coma d'en Garcia (2534 m), c'est le sommet de la Coume d'Or (2826 m) qui est facilement atteint.
Yves propose alors à ceux qui le désirent d'aller jusqu'au sommet secondaire. Pour se faire, il faut prendre l'arête, en franchissant d'abord des blocs rocheux , puis en évoluant, tels des funambules, sur le fil de l'arête enneigée. J'adore!
Après ce petit extra pour 5 d'entre nous, nous rejoignons le reste du groupe pour prendre un repas bien mérité, légèrement en contre-bas et face à un magnifique panorama.
Enfin, il est temps de prendre le chemin du retour, dans une neige parfois fondue, mais par rapport aux randonnées précédentes complètement glacées, je rejoins Christian dans l'appréciation de ces conditions!
Comme quoi, la difficulté n'a parfois rien à voir avec l'altitude.
C'est probablement l'un des rares endroits à ne pas être vitrifié, quand de nombreux massifs sont pris par la glace et rendus de ce fait particulièrement périlleux à parcourir...
Carte IGN 2249OT Bourg-Madame, Col de Puymorens, Carlit
* Les explications de Bruno Serraz, instructeur ski alpinisme et président du Comité Régional CAF Midi-Pyrénées concernant les conditions exceptionnelles de gel:
"Mardi 3 janvier et mercredi 4, il a légèrement neigé en montagne avec une température assez froide (j'y étais et
à 2000 il faisait vraiment froid
avec pas mal de vent)
Jeudi 5 et une partie de vendredi, il a légèrement plu jusqu'à 2500 m
environ sur une neige très froide. Une plaque de vitre assez épaisse s'est
donc formée sur à peu près tous les massifs et toutes les orientations sauf
peut être versant sud."

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